Copenhague n’est pas seulement l’affaire des Etats, les « Parties ». L’action climatique est aussi et surtout inventée et mise en place au niveau local et de nombreuses voix s’élèvent pour le dire. Après la journée des collectivités territoriales et le sommet des maires, l’ICLEI – association internationale de gouvernements locaux – relaie ce message. Les collectivités viennent avec des attentes concernant leur implication, au moins dans le texte de l’éventuel accord, protocole ou déclaration finale qui conclura la Conférence de Copenhague sur le changement climatique (COP 15). Le suspens est entier, même pour les négociateurs.
Une réduction de 30 à 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 : c’est ce que les villes réclament rappelle David Cameron, le président de l’ICLEI à la conférence sur la feuille de route sur le climat des gouvernements locaux, organisée par l’ICLEI. Déjà, au sein de l’Union européenne, dans le cadre du Pacte des Maires, plus de 1 000 mairies, collectivités locales et régions d’Europe souhaitant montrer leur volontarisme, sont engagées à réduire leurs émissions de CO2 au-delà de l’objectif de 20% fixé par l’UE à l’horizon 2020.
Les défis sont nombreux mais l’action climatique peut permettre d’engager une ère de créativité voire initier une révolution énergétique et industrielle souligne Sir Nicholas Stern. Les villes, si elles ne sont pas les seuls, sont des acteurs majeurs de la lutte contre le changement climatique du fait de la population qu’elles concentrent, de la densité des infrastructures mais aussi parce qu’elles constituent un échelon de gouvernement efficace, notamment dans la prise de décision. En effet, les villes mais aussi les collectivités locales se montrent déterminées à apprendre et à apporter la preuve que des modes de développement durables sont possibles. A cet égard, les villes ont compris le « pouvoir de l’exemple » (N. Stern) pour faire de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique une priorité.
En effet, l’activisme des échelons locaux dans la lutte contre le changement climatique peut apporter de la substance et de la confiance dans les engagements et les déclarations faites au niveau national et international. La configuration des gouvernements locaux ne permet pas de tergiverser : la réactivité et la capacité d’initiative sont bien au contraire au cœur de l’action locale car l’échec ou l’attentisme sont coûteux. On peut ajouter que les villes et les collectivités sont également pourvoyeuses d’expertise quant aux solutions techniques, organisationnelles, sociales qui peuvent être apportées au défi de la mise en œuvre des objectifs ambitieux de réduction des émissions.
D’où la revendication des Maires : « nous voulons être parties prenantes des négociations à la prochaine conférence des Parties sur le changement climatique » qui se tiendra à Mexico en 2010. D’ailleurs, c’est bien la mise en œuvre effective des engagements éventuels pris à Copenhague qui fera le succès de la conférence climatique. Néanmoins, la question énergétique et climatique donne à observer une recomposition de l’action publique. Les gouvernements locaux n’attendent pas que les Etats et la communauté internationale se fixent des objectifs et s’accordent sur des protocoles de mise en œuvre pour fonder des projets politiques et territoriaux. Les voies pour y parvenir reflètent la diversité des territoires, de leurs enjeux et des ressources dont ils disposent.
Un exemple présenté dans le cadre de la COP 15 : Zürich en Suisse a défini un objectif de « 2 000 Watt society » à l’horizon 2050 qui correspond à la consommation moyenne d’énergie journalière par personne : soit, une division par trois de la consommation énergétique actuelle. L’objectif de réduction est assorti d’une réduction du contenu carbone du mix énergétique avec un objectif de 70% de l’énergie produite à partir de ressources renouvelables et une disparition du nucléaire du mix énergétique. En termes d’émissions de CO2, cela correspond à un passage des émissions par habitant de 6.2 tonnes aujourd’hui à 1 tonne en 2050. Cette politique a fait l’objet d’un référendum en 2008 où le projet aurait été approuvé par 75% de la population.
Pour conclure, nous souhaitons vous poser les questions suivantes : comment les collectivités locales pourraient-elles être associées aux négociations internationales sur le climat ? Les questions énergétiques et climatiques ne nécessitent-elles pas une prise en charge par les seuls Etats afin de favoriser un consensus international, éviter la dispersion des négociations et permettre de fixer les engagements dans les législations et réglementations nationales ? Les collectivités et les villes ne sont-elles pas au contraire les seules capables de crédibiliser l’action climatique et de recentrer les discussions, compte tenu de l’urgence, sur une approche pragmatique. Une proposition de réponse serait peut-être d’envisager une convention voire un partenariat avec les institutions nationales afin de faire porter la voix des « praticiens » et ainsi permettre également une reconnaissance de la participation des collectivités dans l’atteinte des engagements internationaux. Le débat est ouvert…
A.-S. Stevance