Comme les représentants des îles Tuvalu dont les 11.000 habitants, voient année après année la mer engloutir leur territoire, conséquence des effets du changement climatique, les aborigènes et autres peuples qui tirent leurs ressources de la forêt manifestent aujourd’hui dans le Bella Center, où se déroule la Conférence des nations Unies sur le Climat.
Les aborigènes, s’ils ne sont pas menacés à court-terme par la montée du niveau des eaux, subiront les effets du changement climatique avec la modification des écosystèmes fragiles qui constituent leur cadre de vie. Ils craignent en outre ce qu’on appelle les effets adverses de la lutte contre le changement climatique. Terme barbare pour désigner en fait les impacts négatifs que peut avoir la mise en place d’une politique de lutte contre le changement climatique.
Prenons le cas de la déforestation. Il s’agit d’une problématique extrêmement complexe, qui impacte tant les modes de vie, l’accès à l’alimentation et les revenus économiques des populations locales. La déforestation représente 12 (World Agri-forestry Center) à 20% (chiffres officiels circulant à Copenhague) des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elle se concentre dans deux pays : l’Indonésie et le Brésil.
Le mécanisme REDD a pour objectif de réduire la déforestation et la dégradation des forêts. Mais ce mécanisme pose de nombreux problèmes juridiques et éthiques. En effet, comment définit-on une forêt (forêt primaire, forêt clairsemée, terres plantées d’arbres, plantation intensive), qui est propriétaire de la forêt ? Les autochtones qui ne jouissent pas de droits fonciers bien définis, voient de plus en plus d’intérêts tournés vers leur habitat naturel qu’ils ont entretenu au fil du temps, et dont la valeur marchande est de plus en plus élevée.
Les causes de la déforestation sont multiples : grandes cultures d’exportation (ex : huile de palme en Indonésie, soja et canne à sucre au Brésil, industrie du bois pour la construction ou pour les meubles (ex : Asie), culture sur brulis (brûler la forêt permet d’améliorer la fertilité de la Terre), bois de chauffe (ex : Afrique). Cela, alors que les populations locales ne sont pas les principales bénéficiaires de ces usages, et pâtissent même de leurs conséquences dans certains pays. En effet, certains gouvernements, pour exploiter la ressource forestière, ont donc procédé à des déplacements de population.
Impliquer les populations locales dans la gestion du milieu naturel est une des réponses conciliant développement local et respect des populations indigènes. Cela répond également aux problématiques de droit de l’homme, les études menées par le World Agri-forestry Center ont montré qu’il s’agit d’un facteur déterminant du maintien de la forêt et de la transition forestière (passage de la déforestation à la reforestation) observée dans certains pays du monde.
La mise en place dans le cadre de Copenhague d’un mécanisme visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre lié à la déforestation et à la dégradation des forêts (le REDD) peut donc susciter des réactions négatives y compris de la part des populations qui dépendent de la forêt pour survivre. Cela a été le cas pour les Aborigènes. Il est donc nécessaire de traduire ces textes techniques en actions concrètes et appropriables par les populations locales, afin que celles-ci se les approprient et en apprécient les bénéfices.
Myriam BOVEDA