Il est temps de donner à l’agriculture et à la forêt leur place dans la lutte contre le changement climatique

15 décembre 2009 par admin Laisser une réponse »

C’est en tous les cas l’affirmation qui a ouvert la table-ronde organisée ce lundi 14 décembre par la fédération internationale des agriculteurs producteurs et qui avait pour intitulé « l’agriculture et la forêt font partie de la solution ». L’agriculture est définitivement un des sujets-phares de la conférence ; pour preuve, l’affluence à cette conférence (chercheurs, associations, agriculteurs étaient présents) et la richesse des débats même s’il faut souligner que c’est majoritairement le point de vue des gros producteurs qui a été relayée ici.

Les questions agricoles sont intimement liées à la déforestation : en effet, le développement de l’agriculture se fait aujourd’hui beaucoup au détriment de la forêt soulignent les intervenants. Et cela notamment pour ce qui concerne les cultures spéculatives telles que l’huile de palme ou encore les agrocarburants. Pourtant, ces deux questions sont encore trop souvent dissociées.

Deuxième constat : le changement climatique, même si ce n’est pas le seul facteur, met en péril la sécurité alimentaire. L’agriculture est donc tout à la fois un contributeur majeur au changement climatique du fait des émissions importantes de ce secteur (notamment pour l’élevage de bovins) mais aussi un secteur impacté durement par le changement climatique (modification des écosystèmes, phénomènes climatiques extrêmes, difficultés d’accès à la ressource en eau, etc. qui concernent 1/3 de la population mondiale).

D’où la proposition majeure à l’issue de cette rencontre : il faut optimiser la production agricole là où c’est possible, c’est-à-dire essentiellement en Afrique et en Amérique du Sud. La nécessité d’optimiser la production agricole est loin d’être une idée marginale qui serait uniquement partagée par les lobbys de l’agriculture intensive. Pour preuve, Lord Nicholas Stern qui préconise l’optimisation de l’usage des sols, fait allusion à « the lonely cattle in the Amazons » [que l’on pourrait traduire par : « le bétail solitaire en Amazonie »] comme exemple de sous-optimisation de l’usage des terres agricoles.

Deuxième proposition : l’agriculture est un moyen d’atténuation du changement climatique encore trop souvent oublié. En effet, l’agriculture recèle des potentiels très importants de séquestration du carbone et par conséquent d’atténuation. Pour résumer, l’amélioration de la gestion des terres est un axe majeur de l’accord que pourrait (ou plutôt devrait) passer les Parties, car cela permet de promouvoir à la fois la sécurité alimentaire (dans la perspective d’une augmentation importante de la population mondiale) et le développement de puits de carbone.

Troisième proposition qui pourrait être soumise aux négociateurs : l’agriculture nécessite une gestion globale, au niveau international pour arriver à un accord et mettre en place des dispositifs de financement, notamment dans le cadre des mécanismes de développement propre. Dans ce cadre, les intervenants recommandent aux négociateurs de mettre en place un programme de travail international dédié.

Enfin, la question de la gestion des terres ne doit pas être dissociée de celle de la forêt (appréhendée à travers le programme REDD des Nations-Unies qui ne concerne que la déforestation et la dégradation de la forêt).

Si l’agriculture a des potentiels majeurs dans la lutte contre le changement climatique, force est aussi de constater que de nombreuses incertitudes demeurent face à ces propositions généreuses. Il est par exemple nécessaire de développer des programmes de recherche sur l’évaluation des potentiels de séquestration, à distinguer suivant les types de culture et les zones géographiques.

Il a également peu été question des pratiques agricoles et de leur diversité car les propositions faites nécessitent un apprentissage d’une agriculture intensive mais durable. Une des voies pour résoudre ces contradictions est, une fois de plus, de s’appuyer sur les femmes, traditionnellement gardiennes des pratiques de culture et d’élevage. Le « développement des capacités » d’action, dont il est beaucoup question à Copenhague, restent cependant assez flous dans ses modalités concrètes…

S’il a bien été évoqué la nécessité de s’appuyer sur les populations et les communautés locales pour développer une agriculture durable, des contradictions se font jour : gouvernance mondiale mais implication des populations locales, optimisation de l’usage des terres arables mais nécessité de diminuer l’utilisation d’engrais et de gérer durablement les terres agricoles. En effet, on voit assez mal comment l’optimisation de l’usage des terres agricoles et donc, l’augmentation de la production va être réalisée. On peut néanmoins faire l’hypothèse que ce système de production agricole impliquera l’épandage massif d’engrais, une mécanisation accrue et une intensification des modes de production ainsi qu’une organisation des filières de production difficilement compatibles avec les circuits courts.  La durabilité, dans ce contexte, reste à définir…

Enfin, dans des pays façonnés par une agriculture qualifiée de trop peu productive, l’introduction d’une agriculture plus intensive – même si ce n’est pas dit comme cela – pourrait bouleverser les équilibres socio-économiques locaux (de par la spécialisation des territoires, la dépendance alimentaire, etc.).

Anne-Sophie Stevance

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