L’union internationale pour la conservation de la nature (UICN) organisait hier une conférence sur les perspectives liées à la biodiversité dans la lutte contre le changement climatique. L’occasion d’organiser la restitution de quelques travaux de chercheurs américains et australiens concernant les effets du changement climatique sur la biodiversité ainsi que les dispositifs de protection de la biodiversité qui peuvent être mis en place.
Quelques chiffres tout d’abord : les océans stockeraient environ 1 000 giga tonnes de carbone et les écosystèmes terrestres 2 500 giga tonnes. Des chiffres qui donnent la mesure de l’importance de ces puits de carbone pour limiter le réchauffement climatique. Or, la capacité d’absorption de ces écosystèmes s’érode du fait du réchauffement et de ses effets induits (acidification des océans, etc.). Les capacités d’absorption sont d’ailleurs très variables selon le type de culture et la localisation géographique : ainsi certaines cultures (telles que les agro-carburants) entraîneraient une déperdition de carbone ce qui nécessiterait 400 ans pour revenir à des sols capables d’absorber beaucoup de carbone.
Les écosystèmes terrestres et maritimes abritent une biodiversité importante : à titre d’exemple, les récifs coralliens abritent à eux seuls 25% de la biodiversité maritime ! Les modifications des écosystèmes ont des conséquences majeures sur la migration des espèces, leur développement (reproduction, etc.) et leurs capacités à s’adapter. Une augmentation de la température mondiale de 1°C aurait ainsi pour conséquence un risque supplémentaire d’extinction de l’ordre de 10% des espèces avec néanmoins un risque accru pour les espèces combinant une exposition aux aléas climatiques forte, une sensibilité aux modifications climatiques, une faible adaptabilité comme par exemple une faible capacité à coloniser des milieux ou bien encore les espèces dépendantes de ressources spécifiques (les koalas se nourrissent à partir de quelques espèces d’eucalyptus seulement) ou bien fortement dépendantes de leurs milieux (ours polaires, pengouins, etc.). =Chiffre qui recouvre de nombreuses incertitudes notamment concernant les boucles de rétroaction et la résilience (capacité à s’adapter) des espèces au changement climatique. Néanmoins le changement climatique n’est pas la seule menace sur la biodiversité : la sur-exploitation des éco-systèmes, la destruction des habitats, les maladies, la pollution, la propagation d’espèces invasives sont autant de facteurs intervenant dans l’érosion de la biodiversité
Cependant, des voies existent pour protéger la biodiversité et faciliter l’adaptation des espèces. La capacité des espèces à s’adapter pourrait ainsi être favorisée non seulement par des politiques d’atténuation du changement climatique fortes, de conservation voire de restauration des habitats naturels, mais également par la réduction des différents « stress » qui ont des effets négatifs sur les espèces (pollutions des sols, de l’eau, sur-exploitation des milieux par exemple la surpêche, déforestation, urbanisation non maîtrisée qui entraînent la destruction des habitats, etc.).
Une chercheuse américaine signale un fait intéressant mais aussi porteur de conséquences majeures : on a pu observer dans l’Ouest américain des phénomènes de micro-évolution, sous l’effet notamment des conditions climatiques, mais pas de mutation génétique. Les espèces évoluent du fait des conditions changeantes mais ne développement pas de capacités supplémentaires d’adaptation. « L’évolution ne sauvera pas l’ours polaire » souligne la chercheuse Camille Parmesan.
Elle va même plus loin en faisant une proposition qui questionne les dispositifs de protection de la biodiversité actuels. Ceux-ci favorisent la protection des espèces sur le lieu où celles-ci ont été historiquement observées. Or, des espèces migrent ce qui pose la question du développement d’aires de protection localisées là où l’adaptation est encore possible. Cette proposition soulève de nombreuses questions notamment les capacités à déterminer les milieux qui peuvent accueillir des espèces en danger, les effets indirects de l’accompagnement de migration d’espèces mais également le coût de ces projets, dans un contexte où il est difficile de protéger les habitats existants.
La protection de la biodiversité est ainsi non seulement un axe des politiques d’adaptation à promouvoir mais peut également contribuer à l’atténuation du changement climatique. Sans compter les dimensions sanitaires, alimentaires, paysagères, etc. non abordées dans le cadre de cette conférence.
Anne-Sophie Stevance