La biodiversité est en danger mais des voies se font jour pour mettre en œuvre des stratégies de protection innovantes.

16 décembre 2009 par admin Laisser une réponse »

L’union internationale pour la conservation de la nature (UICN) organisait hier une conférence sur les perspectives liées à la biodiversité dans la lutte contre le changement climatique. L’occasion d’organiser la restitution de quelques travaux de chercheurs américains et australiens concernant les effets du changement climatique sur la biodiversité ainsi que les dispositifs de protection de la biodiversité qui peuvent être mis en place.

Quelques chiffres tout d’abord : les océans stockeraient environ 1 000 giga tonnes de carbone et les écosystèmes terrestres 2 500 giga tonnes. Des chiffres qui donnent la mesure de l’importance de ces puits de carbone pour limiter le réchauffement climatique. Or, la capacité d’absorption de ces écosystèmes s’érode  du fait du réchauffement et de ses effets induits (acidification des océans, etc.). Les capacités d’absorption sont d’ailleurs très variables selon le type de culture et la localisation géographique : ainsi certaines cultures (telles que les agro-carburants) entraîneraient une déperdition de carbone ce qui nécessiterait 400 ans pour revenir à des sols  capables d’absorber beaucoup de carbone.

Les écosystèmes terrestres et maritimes abritent une biodiversité importante : à titre d’exemple, les récifs coralliens abritent à eux seuls 25% de la biodiversité maritime ! Les modifications des écosystèmes ont des conséquences majeures  sur la migration des espèces, leur développement (reproduction, etc.) et leurs capacités à s’adapter. Une augmentation de la température mondiale de 1°C aurait ainsi pour conséquence un risque supplémentaire d’extinction de l’ordre de 10% des espèces avec néanmoins un risque accru pour les espèces  combinant une exposition aux aléas climatiques forte, une sensibilité aux modifications climatiques, une faible adaptabilité comme par exemple une faible capacité à coloniser des milieux ou bien encore les espèces dépendantes  de ressources spécifiques (les koalas se nourrissent à partir de quelques espèces d’eucalyptus seulement) ou bien fortement dépendantes de leurs milieux (ours polaires, pengouins, etc.). =Chiffre qui recouvre de nombreuses incertitudes notamment concernant les boucles de rétroaction et la résilience (capacité à s’adapter) des espèces au changement climatique. Néanmoins le changement climatique n’est pas la seule menace sur la biodiversité : la sur-exploitation des éco-systèmes, la destruction des habitats, les maladies, la pollution, la propagation d’espèces invasives sont autant de facteurs intervenant dans l’érosion de la biodiversité

Cependant, des voies existent pour protéger la biodiversité et faciliter l’adaptation des espèces. La capacité des espèces à s’adapter pourrait ainsi être favorisée non seulement par des politiques d’atténuation du changement climatique fortes,  de conservation voire de restauration des habitats naturels, mais également par la réduction  des différents « stress » qui ont des effets négatifs sur les espèces (pollutions des sols, de l’eau, sur-exploitation des milieux par exemple la surpêche, déforestation, urbanisation non maîtrisée qui entraînent la destruction des habitats, etc.).

Une chercheuse américaine signale un fait intéressant mais aussi porteur de conséquences majeures : on a pu observer dans l’Ouest américain des phénomènes de micro-évolution, sous l’effet notamment des conditions climatiques, mais pas de mutation génétique. Les espèces évoluent du fait des conditions changeantes mais ne développement pas de capacités supplémentaires d’adaptation.  « L’évolution ne sauvera pas l’ours polaire » souligne la chercheuse Camille Parmesan.

Elle va même plus loin en faisant une proposition qui questionne les dispositifs de protection de la biodiversité actuels. Ceux-ci favorisent la protection des espèces sur le lieu où celles-ci ont été historiquement observées. Or, des espèces migrent ce qui pose la question du développement d’aires de protection localisées là où l’adaptation est encore possible.  Cette proposition soulève de nombreuses questions notamment les capacités à déterminer les milieux qui peuvent accueillir des espèces en danger, les effets indirects de l’accompagnement de migration d’espèces mais également le coût de ces projets, dans un contexte où il est difficile de protéger les habitats existants.

La protection de la biodiversité est ainsi non seulement un axe des politiques d’adaptation à promouvoir mais peut également contribuer à l’atténuation du changement climatique. Sans compter les dimensions sanitaires, alimentaires, paysagères, etc. non abordées dans le cadre de cette conférence.

Anne-Sophie Stevance

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4 commentaires

  1. jim dit :

    D’abord, merci à Audrey, Myriam et Anne-Sophie de tenir ce journal sur une partie des travaux qui se déroulent actuellement à Copenhague (différentes versions anglaises existent : Hopenhagen, Cop-enhagen, Dopenhagen)

    De l’extérieur, j’avoue que ‘the proceedings’ ressemblent davantage à du mauvais théâtre tribal – sans les tribus d’ailleurs, en dehors de ‘leur jour,’ ainsi que de toute proposition de refonte du système qui nous a plongé dans ce maëlstrom, un peu comme dans la finance vous ne trouvez pas ? Par exemple, a-t-il été question une seule fois de faire usage du mot détestable entre tous de « décroissance ? » Ce serait étonnant mais, peut-être possible … Ou s’agirait-il dans ce cas-là de ceux qui ont été si efficacement tenus à l’écart des débats par la police danoise?

    Pour en venir au cœur de mon propos, je n’ai pas vraiment été surpris, plutôt content quand même dirais-je, de voir la biodiversité, inexplicablement réduit au statut de parent pauvre dans tout débat sur la nature, apparaître sous vos plumes. L’écocide que l’humanité semble en passe de perpétrer dans l’ignorance, la propagande et les vapeurs du consumérisme, ne saurait épargner ses instigateurs. C’est ce message que je tenterais de faire passer si j’étais sur place. « Nature bats last » est le nom d’un site Web qui, parmi beaucoup d’autres, traite de ce sujet et que je traduirais par « La nature aura le dernier mot. » (Ce n’est pas une pub pour ce site). L’oublier serait néanmoins plus qu’une erreur de jugement, ce serait un manque de sagesse potentiellement fatal à notre propre espèce. Un sens d’urgence, un sens de responsabilité morale, mondiale, est-ce que vous l’apercevez là-bas ?

    Quant au REDD, en novembre de cette année, lors des tractations en Espagne, il n’y avait encore aucune structure de surveillance envisagée. Ce qui a donné lieu à des monstruosités genre il faut compter les plantations de palmiers à huile parmi les reboisements ! Et recevoir les crédits carbones correspondants ! Ca bouge sur le REDD ou pas?

    Trêve de ‘scepticisme masculin,’ selon la formule employée dans un article récent. Les femmes en seraient-elles donc dépourvues ? Je ne le pense pas. Ou seulement plus enclines à regarder là où ça ‘positive?’ Peut-être et, dans ce cas, je ne contesterais pas la démarche en principe.

    Mais alors, on a parlé d’énergie (demain !) à Copenhague ?
    Les deux problématiques sont intimement liées à mon sens, étant donné que toute notre culture occidentale moderne a été construite sur l’accès à des sources fossiles d’énergie d’une grande intensité et à bas prix. Qu’en sera-t-il demain, justement? Y’a-t-il l’ombre d’une discussion là-dessus ou bien est-ce que le « climat » ne s’y prête pas ?

    Cordialement et salut à tout le monde,
    Jim

  2. admin dit :

    Merci pour ces commentaires Jim. Pour répondre aux différentes interrogations : non, il n’a pas été question de décroissance. Les ONG sont d’ailleurs tenues à l’écart des négociations : il y a régulièrement des manifestations à l’extérieur (les végétariens, les associations de défense du droit des peuple, les anti-nucléaires, les associations écologistes etc.) et un peu à l’intérieur du centre de conférence mais les ONG n’ont pas accès aux séances de négociation.
    Les filtres s’intensifient ces deux derniers jours et la police danoise (mais également les services de police des Nations Unies) nous tiennent efficacement dehors, dans le froid.
    Si la nature et la biodiversité sont abordées, la question de la responsabilité vis-à-vis de la dégradation d’un bien commun mondial, indispensable à la survie de notre espèce est largement eclipsée. Néanmoins, le discours qu’ Evo Morales a fait le 17 décembre allait dans ce sens: il a plaidé pour une reconnaissance du droit de la Terre Mère. Il a ensuite souligné que la cause principale du changement climatique est le capitalisme ( »culture de la mort ») basé sur l’extravagance et le consumérisme à outrance, à l’opposé du socialisme, culture de la vie. Enfin, il a demandé la création d’un tribunal de justice climatique sous l’égide des Nations UNies.
    La position relayée notamment par les organisations internationales s’oriente surtout sur la préservation de la biodiversité pour limiter les dégâts (sanitaires, économiques, sociaux) et pour favoriser la séquestration du carbone, proposition récurrente : la flore et les océans deviennent des opportunités pour stocker du carbone. La question de la valeur de la biodiversité en soi n’est effectivement pas posée.
    Concernant le dispositif REDD, il va être renforcé voire étendu (sols et séquestration du carbone) et plusieurs associations militent fortement pour la préservation et le développement des forêts primaires; elles sont très actives dans le Bella Centre. Les cultures spéculatives telles que les plantations de palmiers (huile de palme) et les agro-carburants ont été dénoncées mais les négociations se poursuivent encore sur la place de la forêt dans les accords ; si accords il y a.
    Enfin la question de l’énergie a été abordée notamment par l’agence internationale de l’énergie mais aussi beaucoup par les différents groupes de lobby et associations de professionnels qui défendent telles ou telles solutions technologiques (notamment la capture et la séquestration du carbone, les énergies renouvelables). Peu de discussions ont eu lieu sur la nécessité de réorganiser nos systèmes urbains et le fait que nos systèmes de production sont construits sur la base d’une utilisation intensive de l’énergie. En bref, la question des limites (au développement, à l’exploitation des ressources, etc.) n’a pas voix au chapitre, dans les cercles des décideurs en tous les cas. Les ONG font du bruit là-dessus, mais la hiérarchie des acteurs présents les tient à distance « respectable ».

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