Nous avons entendu un message clair dans l’atelier « A role to play for the land transport sector in the post 2012 World » (organisé par un groupement d’organisation agissant dans le transport terrestre : opérateurs, organismes de recherche…) : le transport de personnes est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, et ces émissions vont augmenter rapidement si aucune action n’est mise en œuvre (+57% entre 2005 et 2030), notamment dans les pays en développement (jusqu’à +120% d’ici 2050).
Pourtant, ce secteur est le parent pauvre des négociations internationales. Sur plus de 2 000 projets financés via les Mécanismes de Développement Propre, deux seulement concernent le transport. En outre, l’aviation et le maritime ne sont pas territorialisées : les émissions liées au transport international aérien ou maritime ne sont pas intégrées aux émissions des pays. Cela a conduit ces secteurs à se faire représenter respectivement par l’ICAO (International Civil Aviation Organisation) et l’IMO (International Maritime Organisation) afin de peser dans les négociations. Cela s’explique-t-il par le manque de solutions identifiées et quantifiées ? En effet, les études présentées lors de l’atelier ne quantifient pas le résultat d’actions concrètes.
Ainsi, l’aménagement du territoire est davantage invoqué qu’expliqué : il faut densifier, il faut réserver de la place aux modes alternatifs. Sans donner de lien concret entre mobilité et formes urbaines. De même, évaluer a priori le report modal généré par l’installation d’une ligne de bus ou de tramway est extrêmement difficile.
Problème d’élasticité, selon les intervenants : on ne sait pas expliquer le lien entre mettre 1 € et économiser X tonnes de C02. Oui, parce qu’on ne s’intéresse qu’à la description de la situation : lien entre parts modales et émissions de gaz à effet de serre, lien entre PIB/habitant et taux de possession de voitures. Mais ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser aux déterminants de la mobilité ? Un travail interdisciplinaire, entre sociologues, ingénieurs, modélisateurs informatiques permettrait de comprendre en profondeur ce qui engendre le besoin de déplacement et les moyens de se déplacer, et donc les leviers d’action concrets à actionner.
Un travail de recherche réalisé par le Transport Research Institute (Londres) semble néanmoins avancer dans la bonne direction de la quantification du lien entre aménagement du territoire et émissions liées au transport.
Le risque est donc que la quantification des actions de lutte contre les émissions de GES se concentre, pour le transport de personnes, sur des solutions technologiques dites propres. Or la solution technologique ne peut pas être la seule proposée : outre qu’elle se fonde sur des résultats de recherche incertains, il s’agit d’une solution chère, réservée aux seules populations qui y auront accès et qui n’agit pas en profondeur sur les autres nuisances engendrées par la voiture (embouteillages, pollution, inconfort individuel, coût consacré au transport…). Dans ce secteur aussi, la diminution du besoin de mobilité et des déplacements contraints est un passage obligé pour tenir nos engagements en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Audrey JACCOMARD