Le transport de personnes : une prise en charge scientifique et politique difficile

8 décembre 2009 par admin 2 commentaires »

Nous avons entendu un message clair dans l’atelier « A role to play for the land transport sector in the post 2012 World » (organisé par un groupement d’organisation agissant dans le transport terrestre : opérateurs, organismes de recherche…) : le transport de personnes est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, et ces émissions vont augmenter rapidement  si aucune action n’est mise en œuvre (+57% entre 2005 et 2030), notamment dans les pays en développement (jusqu’à +120% d’ici 2050).

Pourtant, ce secteur est le parent pauvre des négociations internationales. Sur plus de 2 000 projets financés via les Mécanismes de Développement Propre, deux seulement concernent le transport. En outre, l’aviation et le maritime ne sont pas territorialisées : les émissions liées au transport international aérien ou maritime ne sont pas intégrées aux émissions des pays. Cela a conduit ces secteurs à se faire représenter respectivement par l’ICAO (International Civil Aviation Organisation) et l’IMO (International Maritime Organisation) afin de peser dans les négociations. Cela s’explique-t-il par le manque de solutions identifiées et quantifiées ? En effet, les études présentées lors de l’atelier  ne quantifient pas le résultat d’actions concrètes.

Ainsi, l’aménagement du territoire est davantage invoqué qu’expliqué : il faut densifier, il faut réserver de la place aux modes alternatifs.  Sans donner de lien concret entre mobilité et formes urbaines. De même, évaluer a priori le report modal généré par l’installation d’une ligne de bus ou de tramway est extrêmement difficile.

Problème d’élasticité, selon les intervenants : on ne sait pas expliquer le lien entre mettre 1 € et économiser X tonnes de C02. Oui, parce qu’on ne s’intéresse qu’à la description de la situation : lien entre parts modales et émissions de gaz à effet de serre, lien entre PIB/habitant et taux de possession de voitures. Mais ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser aux déterminants de la mobilité ? Un travail interdisciplinaire, entre sociologues, ingénieurs, modélisateurs informatiques permettrait de comprendre en profondeur ce qui engendre le besoin de déplacement et les moyens de se déplacer, et donc les leviers d’action concrets à actionner.

Un travail de recherche réalisé par le Transport Research Institute (Londres) semble néanmoins avancer dans la bonne direction de la quantification du lien entre aménagement du territoire et émissions liées au transport.

Le risque est donc que la quantification des actions de lutte contre les émissions de GES se concentre, pour le transport de personnes, sur des solutions technologiques dites propres. Or la solution technologique ne peut pas être la seule proposée : outre qu’elle se fonde sur des résultats de recherche incertains, il s’agit d’une solution chère, réservée aux seules populations qui y auront accès et qui n’agit pas en profondeur sur les autres nuisances engendrées par la voiture (embouteillages, pollution, inconfort individuel, coût consacré au transport…). Dans ce secteur aussi, la diminution du besoin de mobilité et des déplacements contraints est un passage obligé pour tenir nos engagements en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Audrey JACCOMARD

Le report de la venue d’Obama, une fausse bonne nouvelle ?

8 décembre 2009 par admin 1 commentaire »

Le Président Barack Obama a récemment déplacé au 18 décembre sa venue à Copenhague initialement annoncée au 9 décembre, afin de participer à la rencontre des chefs d’Etat de la Conférence prévue pour le 17 et le 18 décembre. Ceci est considéré par beaucoup (les médias notamment) comme une bonne nouvelle, signe que les Etats-Unis s’intègrent enfin dans un processus visant à définir des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Néanmoins, certains observateurs ont une analyse différente : une intervention le 9 décembre des seuls Etats-Unis aurait créé une attente forte autour de cette déclaration, les aurait obligés à faire des annonces ambitieuses. Dans un contexte de blocage (absence de consensus sur les engagements des pays développés en termes d’objectifs de réduction de GES et de financements, désaccord sur la forme que doit prendre un accord sur le climat), dès le début des négociations, les Etats-Unis auraient pu lancer une dynamique permettant d’aboutir, le 18 décembre, sinon à un accord contraignant (improbable), au moins à des chantiers concrets. Une venue le 18 décembre dilue la portée symbolique de l’intervention d’Obama et repousse à la fin des négociations l’affichage des engagements du premier émetteur de la planète par habitant.

Audrey JACCOMARD

Energies Demain à Copenhague

4 décembre 2009 par admin 4 commentaires »

J-4 avant le début de la conférence, il est temps de faire le point sur notre participation à Copenhague : que va-t-il s’y passer ? pourquoi y allons-nous ? qu’allons-nous vous faire partager sur ce blog ?

Le protocole de Kyoto, entré en vigueur en 2005, fixe aux pays développés des objectifs contraignants de réduction de gaz à effet de serre d’ici 2012 par rapport aux niveaux de 1990. La conférence de Copenhague a pour but de préparer l’après-Kyoto (2012-2020), avec plusieurs enjeux : engager les pays développés (y compris les Etats-Unis) dans des actions de réduction des émissions, concilier, pour les pays du Sud, développement et stabilisation des émissions, financer les actions d’atténuation et d’adaptation…

En tant qu’entreprise spécialisée dans l’évaluation carbone de projets et de territoires et la planification énergétique territoriale, nous suivons de près l’évolution du contexte national et international sur les questions énergétiques et climatiques. La conférence de Copenhague sur le changement climatique est un événement majeur auquel nous participerons. Objectifs : décoder les enjeux internationaux actuels et futurs, partager les retours d’expériences concrètes d’actions d’atténuation et d’adaptation mises en œuvre sur d’autres territoires et appréhender les nouveaux besoins en terme de stratégie de réduction de GES, de maîtrise de l’énergie, d’étude de la vulnérabilité, de méthode de suivi des émissions de gaz à effet de serre. Nous nous distinguons par notre forte composante recherche et développement : après s’être creusé la tête sur les diagnostics énergie et gaz à effet de serre, nous nous attaquons à la vulnérabilité des populations et des territoires, à la problématique de l’eau, à la mobilité des personnes et des marchandises, à l’élaboration de plans d’actions concrets et chiffrés… Copenhague est donc une belle occasion de se tenir informé et de vous informer.

Concrètement, nous assisterons aux ateliers et conférences thématiques (les thèmes que nous avons d’ores et déjà repérés : la déforestation, la dégradation ou le changement d’affectation des sols, changement climatique et développement dans les Pays du Sud, les technologies dites propres) ainsi qu’aux évènements organisés par les collectivités locales ou réseaux de collectivités locales (journée des collectivités territoriales françaises, sommet des maires pour le climat…). Nous faisons équipe avec des personnes qui interviendront directement dans les négociations, ce qui nous permettra de suivre au jour le jour leur avancée.

Ce que vous trouverez sur ce blog (mis à jour quotidiennement) : des analyses pédagogiques des thèmes centraux de Copenhague, la présentation d’expériences innovantes d’atténuation des émissions et d’adaptation au changement climatique, un zoom sur les travaux de recherche les plus  prometteurs…

Ce que vous n’y trouverez pas : des articles généralistes (les médias habituels s’en chargeront mieux que nous). Il y a également peu de chances qu’on réussisse à obtenir une interview exclusive de Barack, mais promis, on essaiera.

Sur ce, il est l’heure d’aller acheter des vêtements chauds. On se retrouve le 8 décembre, pour un premier aperçu du début de la conférence !

Audrey JACCOMARD